Sur la crête

Je marche sur la crête et j’oublie,
le gouffre à portée de vue.
Je marche.
Le chemin est sinueux.
Sur cette crête, je suis l’Autre.
Souvent l’Autre.
J’avance.
Le gouffre est là,
j’ai le vertige.
Je peux glisser à tout moment.
Ce vide me consume.
Colère, rage… étouffée
Je suis l’Autre à multiple facettes :
la femme, l’étrangère, l’ancienne colonisée.
Mon existence tient à peu de choses
J’ai peur de déraper et rejoindre d’autres vies volées.
Je crie de toutes mes forces,
pour conjurer le sort,
de la colère et de la rage
qui se heurtent à un mur de silence.
Je détourne les yeux et j’oublie.
La hantise se transforme en honte,
Je ne suis pas une damnée :
des papiers temporaires, un travail précaire, un toit,
des amours, la santé et une illusion de liberté,
Je suis sur cette crête
où tout peut basculer !
De vivre à survivre, il n’y a que quelques pas.
De vivre à mourir, ce n’est qu’une histoire de temps.
N’est-ce pas là, le propre de toute existence ?
Cette vulnérabilité n’est-elle pas notre quintessence ?
Je revendique mes faiblesses,
je revendique mes peurs,
je revendique mes blessures et mes colères.
Mes revendications sont une révolte
de celleux sans Histoire.
Mes revendications sont celles d’une humanité
broyée sous le poids de l’indifférence.
L’arrogance des uns, l’avidité des autres,
le mépris,
la condescendance,
et l’illusion parfaite d’auto-suffisance,
Je refuse ce monde,
Je ne me résigne pas,
De ma vulnérabilité, je ferai une force
et je ne suis pas la seule,
Je suis une Autre parmi d’autres,
et cela vous fait peur,
Ma classe s’ignore encore mais cela
ne saurait tarder,
Nous arracherons une place sans la quémander,
Je suis une Autre parmi d’autres et vous rappelle
que votre existence comme la mienne est éphémère.