Trouble identitaire

Je perds parfois ma consistance,
Suis je une femme?
Suis je suis une racisée ?
Suis je un destin parmi tant d’autres ?

Je tâtonne,
J’imite approximativement.
Je performe des cases.
Je ne sens ni mon féminin sacrée, ni une destinée de mère, ni une appartenance à une culture particulière…

Les concepts sont abstraits,
Les assignations sont réelles…
Les déceptions quotidiennes,
Les violences patriarcales et racistes, aussi
Je performe mon pseudo genre, je performe mes attirances, je performe mon apparence, ma langue et ma couleur de peau…

Je suis un métissage,
Je suis un bordel monstre,
Je suis des fois le chaos,
Je suis la colère,
Je suis un melting-pot égaré…

Qui suis je ?
Une approximation, un flux entre des réalités complexes : des dominations systémiques, mon héritages, des rencontres fortuites et ma sensibilité…
J’aurais pu être autre, il aurait suffit d’un hasard : un papillon se posant sur ma fenêtre d’enfant un hiver brûlant
Ou peut être, entendre des mots d’amours sur les lèvres d’Imen : amie le temps d’une année scolaire.
Le destin est une suite de détails qui se cumulent…
L’Autre, je suis l’autre par définition…
J’aurais pu être encore autre autrement , j’aurais pu avoir une autre apparence, d’autres goût, d’autres réalités, d’autres expériences…

Je performe

Qui suis-je ?
Des concepts flous auxquels je m’accroche.
Peut être par ignorance, peut être par simplicité, peut être par confort…
Peut être pour faire corps

Exister,
Aimer,
Être aimée,
Et conjurer la solitude.
La peur du vide,
Je m’accommode d’une certaine manière,
Pour ne pas perdre pieds,
Pour ne pas trahir ma lignée
Dans ma tête plein de rêves,
Dans mon ventre un tourbillon,
Sur ma peau l’espoir naïf désemparée
Sur ma bouche, les souvenirs des amours condamnées

Alors, j’écoute les battements de mon coeur
Souvenir après souvenir
Respiration après Respiration
Je m’exerce à l’oubli,

Lasse,
Je veux enlever le masque,
Et découvrir qui je suis.